L'Époque prédynastique
L'Époque prédynastique s'étend approximativement de ~3400 av J.C. à ~3150 av J.C.
Nous sommes maintenant 4500 ans avant notre ère. Toute la vallée du Nil est maintenant habitée. Au sud par une population de fermiers, tandis qu'au nord, dans la région du Fayoum par exemple, la chasse et la pêche sont la base principale de la nourriture. Nous sommes au début de ce que l'on appelle la civilisation de "Nagada", du nom d'un village au nord de Karnak qui se révéla être le centre d'un haut lieu de l'archéologie qui s'étend de El-Kab à Abydos et qui permis la découverte de nécropoles d'où furent exhumés des outils et des armes en silex ou en pierre polie, des poteries, des parures, du mobilier et des provisions alimentaires qui aident à la compréhension de l'implantation de l'homme dans la vallée du Nil. Tous ces éléments changent selon l'époque et pour les différencier, les archéologues ont divisé celles-ci en trois catégories :
Nagada I, Nagada II, Nagada III. Nagada I se distingue par ses poteries à décors en zigzag, à formes géométriques ou rouges à bords noirs, ses vases en pierre dures et ses harpons en os. Une des plus intéressantes caractéristiques qui marquent l'évolution et la transition entre la préhistoire et la période prédynastique réside dans les changements dans les coutumes d'inhumation. L'enterrement du défunt se faisait autrefois aux abords sinon à l'intérieur des zones habitées et il était fréquent que les enfants soient ensevelis directement sous la surface de la hutte. Pour des raisons encore inconnues, au prédynastique les cimetières sont relégués le plus loin possible des habitations ainsi que des terres cultivables. Certains défunts sont enterré dans la position fŒtale, tourné vers l'ouest, avec des provisions pour le voyage vers l'au-delà entouré d'objets comme des poteries et des bijoux. Certains y voient là les signes de l'origine de la croyance des habitants de cette région en une forme de vie après la mort.
Au Nagada II, l'homme devient cultivateur et éleveur. Il utilise des récipients à panses rondes décorés de motifs aux formes humaines stylisées, parfois réalisés a l'aide de limon du Nil mélangé à de la paille, il habite des huttes fabriquées à base de ces mêmes ingrédients, ses outils évoluent et se diversifient. La poterie de Nagada nous montre un changement dans les formes et dans les techniques picturales. De beaux vases sphériques à anses tubulaires aux couleurs claires décorés de motifs représentant des scènes de la vie courante, des bateaux, des spirales, le tout inspiré de modèles retrouvés en Palestine et qui datent des mêmes époques. On remarque déjà un mélange des cultures entre le Nord et le Sud.
Au Nagada III, l'urbanisme s'installe sous l'apparition de bourgades qui annoncent les premières cités. D'autres sites archéologiques situés plus au nord comme El-Amra ou El-Gerzeh ont donné leurs noms (Amratien, Gerzhéen) à des périodes similaires à Nagada I et Nagada II. Quant à Nagada III, il correspond à la période prédynastique récente qui précède l'unification de l'Egypte (vers 3500 avant J.C.). Parallèlement à la culture de Nagada, la Nubie, cette contrée partagée entre le Soudan actuel et le sud de l'Egypte, a joué un rôle non négligeable dans l'histoire du peuplement de la vallée du Nil. Cette période culturelle, appelée Groupe A par George Reinsner un archéologue américain qui effectua des fouilles au début du XXeme siècle, trouve ses sites répartis entre la Iere et la IIeme cataracte et s'écoule sur une durée allant de 3700 à 2800 avant notre ère, date à laquelle l'expansion de l'Egypte, maintenant unifiée, fit reculer les frontières avec la Nubie plus au sud. Le groupe A constitue une période transitoire entre la vie tribale du néolithique et la vie agricole et urbanisée qui précède l'unification.
Hérodote disait : "L'Egypte est un don du Nil". En effet, aucun fleuve n'a joué un rôle aussi primordial dans le développement d'aucune autre civilisation et aucune autre civilisation n'a autant compté sur un fleuve afin d'assurer son développement. Une des caractéristiques uniques de la civilisation de l'Egypte ancienne était le lien étroit entre le Nil, le peuple et les institutions. Le Nil, vénéré, permettait la grande productivité de la terre et lui amenait annuellement un dépôt copieux de limon charrié depuis les hauts plateaux de l'Ethiopie. En juillet, le niveau du fleuve commençait à monter et vers la fin août, l'inondation atteignait son plus haut niveau. En octobre, celle-ci commençait à reculer, laissant sur les berges un dépôt uniforme de vase ainsi que des lagons qui devenaient des réservoirs naturels pour le poisson. En avril, les eaux étaient de nouveau à leur niveau le plus bas. La végétation perdait ses couleurs vertes et se confondait alors avec le sable du désert, les lacs saisonniers se desséchaient jusqu'en juillet où le cycle se répétait. L'inondation que provoquait la crue du fleuve redonnait la vie après une courte période de sécheresse, mais l'abondance dépendait souvent de l'importance avec laquelle cette crue avait déferlé sur les terres cultivables. Des flots trop puissants dévastaient tout sur leur passage, tandis qu'une faible irrigation pouvait occasionner la disette.
Lorsque les berges du Nil commencèrent à se peupler et que l'homme évolua du chasseur et cueilleur à l'état de colonisateur en tirant sa subsistance de l'agriculture, l'Egypte développa des besoins qui se traduisirent par l'apparition de la langue écrite, des religions, et d'institutions qui en firent la première société organisée et la plus perfectionnée de l'antiquité. Au IVeme millénaire l'amalgame est fait, sur toute la vallée du Nil, entre les populations venues du sud et celles descendues de la méditerranée. L'art connaît un essor extraordinaire à travers ses poteries, sa statuaire et son architecture.
Mais un événement politique d'une importance capitale va changer le cours de l'histoire de l'Egypte ancienne, l'unification des deux terres, réunissant la Terre Noire de la Basse Egypte, ainsi appelée à cause de la couleur de sa terre riche, et la Terre Rouge de la Haute Egypte où le désert est roi. Les souverains de Basse Egypte (Delta) portaient la couronne rouge et avaient l'abeille comme symbole tandis que les dirigeants de Haute Egypte coiffaient la couronne blanche et arboraient le lotus comme emblème. Après l'unification des deux royaumes, le pharaon portera la couronne double, le Pschent, la blanche enchâssée dans la rouge, symbolisant l'unité des deux terres.